Dans la réalité de la fourmilière pseudo-folle et faussement malsaine dans
laquelle ils se lèvent, se dressent et dans laquelle elles se couchent, s'écartent,
je pourrais très bien être :
J'avoue. Je suis un cadre moyen acharné dans son travail inutile, avec mari, enfants, maison, voiture, dettes, mais sans aucune passion, ni avenir passionant d'ailleurs. D'un autre côté, la routine est devenue tellement rassurante qu'elle devient une de mes amies à part entière. J'adore mon bureau et mes post-it : ils sont multicolores. Les éléphants de la boîte dans laquelle je suis sont mes amis, mais bizarrement, ces créatures de rêves tellement admirées par les moutons qui nous entourent et dont je fais parti me considèrent plus comme quelqu'un d'utile pour obtenir une promotion. Qu'importe, je me sens vivre à travers eux. Mais je suis si triste que quand je comprends que je ne sers à rien, je suis agressive, et j'ai besoin de mes pilules, que je mélange à la vodka. En fait, mes pilules sont multicolores, assorties à mes post-it s'il vous plaît. J'écris pour avoir l'air aussi charismatiques que mes pachydermes adorés que j'envie.
J'avoue. Je suis une adolescente de quinze ans qui réussit tout. Je suis belle, intelligente, drôle, généreuse. Mes nombreux amis disent que je ressemble à la plus belle chose qu'il soit . Moi je trouve que je suis mieux . Je réussis tout ce que je fais, même les actes plus ou mois illégaux comme la consommation de coke ou l'incitation à l'exhibitionisme. En plus d'être populaire, d'avoir été élue Mademoiselle Charme Soumoulou et d'être première de ma classe, je publie tous les mois un nouveau roman sous un pseudonyme, pour être sure de ne pas être harcelée.. Je suis sure d'avoir le talent nécessaire pour réussir ma vie tout en gardant la maturité et la modestie qu'il faut pour garder les pieds sur terre. Si je devais dire un de mes éfauts, je répondrais sans hésiter le manque de confiance en soi. Par rapport à tous ces gens autour de mon nombril qui se sur-estiment de façon ridicule, je me sens d'une nullite affligeante, ce qui m'empêche d'avoir des relations de plus d'une seconde et m'oblige à boire un peu trop de vodka. J'écris car je sais que c'est la chose que je fais le mieux.
J'avoue. Je suis une mère au foyer de trois enfants. Je sois une conservatrice et prie mon Dieu tous les jours qu'il a la bonté de me donner. J'essaye de comprendre le monde qui m'entoure et qui semble pervertir mes progénitures. Mais je n'y comprends rien. Je n'comprends pas pourquoi les jeunes que je vois se droguent, copulent et s'amusent à voler des choses que leurs parents pourraient leur acheter. Je comprends encore moins ces parents qui essayent de paraître parfaits alors qu'ils n'étaient que des déchets lors de leur puberté, à sans cesse boire de la vodka. Pour résumer, je pense que c'est dans mes poches qu'on devrait trouver pétards et préservatifs, moi qui suis adulte et responsable. J'aime prendre du plaisir, et j'aime que eux quisont autour de moi en prennent également, mais si possible moins. Ainsi, je scrupte cette toile pour tenter d'y voir plus clair dans cette société occidentale tellement paradoxale et étrangère à mes principes austères et avares. J'écris pour poser mes questions et avoir des réponses.
J'avoue. Je suis obèse. Très obèse. Ca en est devenu dangereux pour moi, mais également pour les autres. Surtout dans des situations extrêmes comme les déplacements dans les couloirs étroits ou les parties de cache-cache. Je suis devenu plus épaisse que les poteaux ou les bâtiments. Je n'me souviens plus si je suis grosse et immonde de naissance ou parce que je mange comme l'Armée rouge, et le fait que j'aies dévoré mon cerveau à quatre heures n'aide rien. J'aime la Russie, avec ses Tsars déchus, ses goulags, ses tyrans despotiques et autres vodka qui attirent mon corps trop rond. A moins que ce ne soit quelque chose de physique, comme l'attraction terrestre : tellement énorme que seul le plus gros des pays peut me contenir. J'essaye d'écrire, mais mes doigts sont trop boudinnés pour taper correctement sur les touches. Et jsuis très conne aussi.
J'avoue. Je suis timide. Les autres m'effraient. Pour moi, il n'y a rien de plus effrayant que de dévoiler mon intimité. J'ai peur qu'on l'utilise contre moi. Je n'ai pourtant pas réellement de secrets. Mais j'ai peur. Approcher les autres est un défi. Me faire connaître d'eux est exclu. Je veux être celle qui regarde sans me compromettre sans me fatiguer, et j'aimerai rester cloitré dans l'univers reposant que je me suis créé, avec ma musique, ma vodka et les rares personnes en qui j'ai confiance. Pourtant, je veux connaître les autres, mais ma timidité est un rempart infranchissable dans les rapports sociaux que j'essaye pourtant d'entretenir. Alors écrire, même anonymement, est une sorte d'ultime solution. J'écris pour me battre contre moi-même, mais j'écris pour me cacher.
J'avoue. Je suis une artiste rebelle en marge de la société que je méprise. Je n'aime pas l'air que je respire, je déteste le monde qui me permet de vivre, j'exècre les gens que je cotoie, et pour le dire, je fume. Parfois, dans un éclair de génie, je créé quelque chose de très inspiré, et même de magnifique. C'est la consécration de ma carrière d'artiste, qui a commencé hier. Puis je me rappelle qu'en fait, quelqu'un a déjà créé ma création pourtant novatrice. Bien sûr, j'habite à Paris, pour étudier à la Sorbone. J'sais pas pourquoi j'suis là vu que je déteste le système de l'éducation. Je re-fume. Je consomme tout en critiquant la société de consommation.Je bois, je fais l'alchimiste talentueux du panaché et de la vodka. J'suis une rebelle aux idées enfouies, donc profondes. Et j'aime mai 68, sans savoir ce que c'est. J'écris pour exprimer ma colère contre les cons qui écrivent sur skyblog.
J'avoue. Je suis une dominatrice sadique. Ce n'est pas que sexuel. J'aime la souffrance morale. Je rabaisse les autres, les blesse et leur ouvre leurs cicatrices. Je ris aussi bien des orphelins que des handicapés ou des cancéreux, sans savoir que dans cinq ans, je développerai une tumeur maline aux orteil . Ca tombe bien d'ailleurs, je suis très ironique, ca m'fera donc beaucoup rire cette petite maladie.Mais par dessus-tout j'adore la douleur physique. Mettre un coup de latte aux vieilles peaux du bus est un régal, planter mon compas dans les connasses qui emploit le conditionnel après un "si" est un délice, coller un coup de poing à mes divers partenaires pianistiques ou autres lorsque surgit une fausse note est le plus merveilleux des nectards. Je suis d'une perversion immonde. Mais malgré tout, je suis un être sensible. Je souffre tellement devant un autodafé. En revanche, les génocides me font sourire. J'écris pour qu'un jour, quand j'aurai commis un meurtre, on comprenne que je ne suis ni folle, ni accroc à la vodka.
Après tout, je pourrais très bien être chacune de ces personnes.
Ou peut-être un mélange de chacune d'entre elles?
Il suffit d'imaginer.
Et pour imaginer, il suffit d'être fou, drogué ou malade.